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Fonds euros 2026 : rendement, risque de blocage et hausse des taux d'État

Publié le 09 juillet 2026
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Le fonds euros reste garanti en capital, et son rendement moyen a atteint 2,63 % en 2025 selon l'ACPR. La hausse de l'OAT à 10 ans, désormais au-dessus de 3,65 %, ne remet pas en cause cette garantie : elle pèse sur la valorisation future du portefeuille obligataire de l'assureur, pas sur les sommes déjà acquises par effet cliquet.

Quant au mécanisme de blocage prévu par la loi Sapin 2, il existe depuis 2016 et n'a jamais été activé, y compris pendant le Covid et la remontée des taux de 2022-2023. Voici, chiffres à l'appui, ce que la conjoncture actuelle change vraiment pour votre épargne, et ce qu'elle ne change pas.

Le rendement 2025, chiffre par chiffre

  • Rendement moyen des fonds euros 2025 : 2,63 % net de frais de gestion (ACPR), stable pour la troisième année consécutive.
  • Provision pour participation aux bénéfices (PPB) : 3,7 % des encours fin 2025, contre 4 % fin 2024. C'est la réserve que les assureurs mobilisent pour lisser et soutenir les taux servis.
  • Collecte nette assurance vie 2025 : 50,6 milliards d'euros, dont 8,1 milliards sur les seuls fonds euros. Un retour au positif sur ce support après cinq ans de décollecte.
  • Livret A : 1,5 % depuis février 2026.
  • Encours total de l'assurance vie : près de 2 000 milliards d'euros.

Le fonds euros reste donc devant le Livret A pour la troisième année de suite. Et le cliquet joue à plein : chaque gain annuel est définitivement acquis, il ne peut pas être repris. Le contexte de taux n'y change rien.

Pourquoi l'OAT grimpe, et ce que ça change réellement

En juillet 2026, l'OAT à 10 ans évolue autour de 3,65 %, un niveau proche de ses plus hauts récents. Deux forces la poussent : d'un côté, l'incertitude budgétaire et politique française, sur fond d'échéances électorales à venir ; de l'autre, un contexte international de taux et de prix de l'énergie plus tendu. Le spread OAT-Bund, l'écart avec le taux allemand de référence, s'élargit en conséquence.

Reste à comprendre ce que cela produit concrètement sur un fonds euros, investi à 70-80 % en obligations. Une hausse des taux y a un double effet, souvent mal lu. À court terme, elle pèse sur la valorisation comptable des obligations anciennes déjà en portefeuille, émises quand les taux étaient plus bas. À moyen terme, en revanche, elle améliore le rendement des nouvelles obligations achetées avec les primes qui arrivent. C'est précisément ce second effet qui a permis aux assureurs de tenir leurs taux servis en 2024 et 2025, malgré la baisse continue du Livret A.

Une remontée des taux d'État n'est donc pas, en soi, une mauvaise nouvelle pour le fonds euros à moyen terme. Ce qui crée un risque de liquidité pour l'assureur, ce n'est pas le niveau des taux, c'est le rythme et la brutalité d'une hausse.

Loi Sapin 2 : ce que le texte permet, et ce qu'il ne permet pas

L'article 49 de la loi n° 2016-1691, codifié à l'article L.631-2-1 du Code monétaire et financier, donne au Haut Conseil de Stabilité Financière (HCSF) la faculté de suspendre temporairement les rachats, de différer les arbitrages et de limiter les versements sur les contrats d'assurance vie établis en France, fonds euros et unités de compte confondus.

Ce qu'il faut retenir, factuellement :

  • Déclenchement : uniquement sur proposition du gouverneur de la Banque de France, en cas de « menace grave et caractérisée » pour la stabilité financière. Un seuil juridique élevé, validé par le Conseil constitutionnel en 2016.
  • Durée : 3 mois, renouvelable une fois, soit 6 mois maximum.
  • Historique : jamais activé depuis 2016, y compris pendant le Covid en 2020 et une décollecte proche de 29 milliards d'euros lors de la remontée des taux de 2022-2023.
  • Effet réel : le capital reste garanti et la propriété des sommes n'est pas remise en cause. Le blocage porte sur la liquidité, c'est-à-dire la possibilité de sortir, pas sur le capital lui-même.
  • Hors périmètre : le Livret A, le LDDS, le PEA bancaire et le compte-titres ordinaire ne sont pas concernés. Seuls le sont les contrats d'assurance vie et certains PER assurantiels.

Nous détaillons ce dispositif dans notre article dédié, Loi Sapin 2 et assurance vie. L'essentiel ici : le risque existe juridiquement, mais il reste un scénario extrême, jamais matérialisé en dix ans, y compris pendant deux crises sérieuses.

Le parallèle avec la Grèce : une comparaison qui ne tient pas

La référence à la Grèce ressort à chaque fois que la dette française fait parler. Elle mérite d'être remise à sa place, parce qu'elle décrit une tout autre réalité.

En juin 2015, la Grèce a instauré un contrôle des capitaux, après le refus de l'Eurogroupe de prolonger son programme d'aide et la décision de la Banque centrale européenne de ne pas relever la liquidité d'urgence (ELA) accordée aux banques grecques. Les retraits en distributeur ont alors été plafonnés à 60 euros par jour, une mesure qui a duré environ deux ans sous des formes assouplies. C'est un mécanisme bancaire, déclenché par une rupture de financement extérieur actée par les créanciers.

Trois différences de fond avec la France de 2026 :

  • Le dispositif grec visait les dépôts bancaires et les retraits en liquide. La loi Sapin 2 est un mécanisme distinct, propre à l'assurance vie française, qui ne touche ni les banques ni le Livret A.
  • La crise grecque a été provoquée par une rupture de financement extérieur. La France, elle, garde un accès normal aux marchés obligataires, avec une prime de risque en hausse mais sans rupture.
  • Les garanties ne relèvent pas des mêmes fonds : 100 000 € par déposant et par banque pour les comptes bancaires (FGDR), 70 000 € par assuré et par compagnie pour l'assurance vie (FGAP). Deux fonds de garantie séparés, et aucun des deux n'est lié au mécanisme Sapin 2.

Assimiler la France de 2026 à la Grèce de 2015, c'est confondre une hausse de prime de risque sur la dette souveraine avec une rupture de financement actée par des créanciers internationaux. Même famille de risque, celle d'une crise de la dette, mais pas le même degré.

Sortir du fonds euros pour l'immobilier : ce que les chiffres imposent de vérifier

Face à ces craintes, le réflexe de tout retirer pour basculer vers l'immobilier mérite d'être passé au crible de trois faits vérifiables, indépendamment de tout jugement sur son bien-fondé.

  • Liquidité inversée. Racheter par peur d'un blocage de liquidité pour aller vers un actif structurellement moins liquide, immobilier direct ou SCPI, c'est répondre à un risque de liquidité par un placement encore moins liquide. Les SCPI elles-mêmes ont connu, en 2023-2024, des tensions bien documentées sur plusieurs véhicules, avec des baisses de prix de part et un allongement des délais de retrait.
  • Coût du crédit. La hausse de l'OAT se répercute sur les taux immobiliers, autour de 3,30 % à 3,40 % sur 20 ans en juillet 2026. Le financement se renchérit au moment précis où l'argument « fuir vers l'immobilier » est mis en avant.
  • Coût fiscal du rachat. Sortir d'un contrat de plus de huit ans fait perdre l'antériorité fiscale acquise et déclenche l'imposition des gains. Un coût certain et immédiat, face à un risque de blocage qui reste, lui, hypothétique et jamais survenu en dix ans.

Ces éléments ne disent pas quoi faire d'un patrimoine donné : cela dépend de l'horizon, de la fiscalité personnelle et des objectifs de chacun, et relève d'un conseil personnalisé. Ils rappellent seulement que l'équation « peur du blocage, sortie, immobilier » n'est pas neutre, et qu'elle se chiffre avant de s'exécuter.

SCPI : un complément à examiner, pas une échappatoire

Le marché des SCPI a signé, en 2025, sa meilleure année depuis la correction de 2022-2023 :

  • Taux de distribution moyen : 4,91 % (ASPIM/IEIF), en hausse de 0,19 point sur 2024 (4,72 %), troisième année consécutive de progression.
  • Prix de part moyen pondéré : en recul de 3,45 % sur l'année, ce qui ramène le rendement global immobilier du marché à +1,46 %.
  • Collecte nette 2025 : 4,6 milliards d'euros, en hausse de 29 % sur un an ; collecte brute à 5,5 milliards (+17 %).
  • Capitalisation totale : 89 milliards d'euros au 31 décembre 2025.

Ces moyennes cachent des écarts marqués selon les stratégies. Les SCPI diversifiées, qui ont capté 65 % de la collecte 2025, affichent des performances globales nettement au-dessus de la moyenne, tandis que les SCPI à prépondérance bureaux restent pénalisées par les ajustements de valeur. Le stock de parts en attente de rachat atteint 2,8 milliards d'euros fin 2025, soit 3,1 % de la capitalisation du marché, concentré sur une quinzaine de SCPI majoritairement orientées bureaux. Autrement dit : la SCPI n'est pas un coffre-fort liquide, et le rappeler fait partie du conseil.

SCPI et loi Sapin 2 : un point structurel souvent ignoré

Le mode de détention change tout face au risque évoqué plus haut :

  • SCPI détenues en direct, hors contrat d'assurance vie : non concernées par la loi Sapin 2. Les loyers continuent d'être versés sans interruption, même si un contrat d'assurance vie venait, par ailleurs, à être bloqué.
  • SCPI logées dans un contrat d'assurance vie (en unités de compte) : soumises au même régime que le reste du contrat. En cas d'activation de l'article L.631-2-1, ces parts seraient bloquées comme les fonds euros du même contrat.

C'est une nuance structurelle, pas un argument commercial. Et elle appelle aussitôt sa contrepartie : les SCPI ne sont pas exemptes de risque de liquidité, comme le rappelle le stock de 2,8 milliards d'euros de parts en attente fin 2025, concentré sur un nombre limité de véhicules.

Ce qui reste à objectiver avant toute décision

  • Horizon de placement : une SCPI se conseille sur 8 à 10 ans minimum, un horizon qui n'a rien à voir avec celui d'un arbitrage de précaution.
  • Fiscalité personnelle du foyer : revenus fonciers en détention directe, ou cadre assurance vie / PER.
  • Part déjà investie en immobilier dans le patrimoine global.
  • Frais d'entrée du véhicule choisi, sachant que plusieurs SCPI sans frais de souscription existent désormais.

Sur tous ces points, un échange avec un consultant permet de chiffrer votre situation avant d'agir. Pour comparer les véhicules, voyez notre méthode pour choisir vos SCPI et notre classement des SCPI. Une question précise ? Parlez-en avec un consultant : c'est gratuit et sans engagement.

Questions fréquentes

Le capital du fonds euros peut-il baisser ? Non. Le capital versé et les intérêts déjà crédités sont garantis par l'assureur et ne peuvent pas diminuer, sauf frais contractuels prélevés en cours de vie du contrat.

La loi Sapin 2 a-t-elle déjà été appliquée ? Non. Depuis son entrée en vigueur en 2016, le HCSF n'a jamais activé ce dispositif, y compris pendant la crise Covid de 2020 et la remontée des taux de 2022-2023.

Le Livret A est-il concerné par la loi Sapin 2 ? Non. Le dispositif s'applique uniquement aux contrats d'assurance vie et à certains PER assurantiels. Le Livret A, le LDDS, le PEA bancaire et le compte-titres ordinaire n'entrent pas dans son champ.

Que devient l'argent si un blocage Sapin 2 est activé ? Le blocage porte sur la sortie des fonds (rachats, arbitrages, versements), pas sur la propriété du capital. Les sommes ne disparaissent pas : elles restent temporairement indisponibles, pour une durée maximale de six mois.

Quelle garantie en cas de défaillance de l'assureur ? Le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes (FGAP) couvre jusqu'à 70 000 € par assuré et par compagnie d'assurance. C'est un mécanisme distinct de la garantie des dépôts bancaires, qui va jusqu'à 100 000 € via le FGDR.

:::amf Cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé au sens des articles L.321-1 et D.321-1 du Code monétaire et financier. Le fonds euros est garanti en capital par l'assureur ; l'investissement en SCPI et en unités de compte comporte en revanche un risque de perte en capital et un risque de liquidité (la revente des parts n'est ni garantie ni immédiate). Les revenus distribués ne sont pas garantis et les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La durée de placement recommandée en SCPI est de 8 à 10 ans minimum. Sources : ACPR, France Assureurs, Agence France Trésor, ASPIM/IEIF (bilan 2025), Code monétaire et financier (art. L.631-2-1). La Centrale des SCPI est un cabinet de conseil en investissements financiers (CIF) agréé AMF, immatriculé à l'ORIAS sous le numéro 13000729. :::

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